vendredi 17 août 2007

La mosaïque proche-orientale

Quittons la Crète minoenne et ses déesses aux seins nus, pour évoquer brièvement un tragique fait d’actualité : il s’agit des sanglants attentats qui viennent de toucher la communauté yezidie d’Irak.

Les Yezidis, qui sont en fait un groupe observant la religion du même nom, j’ignorais tout de leur existence jusqu’à l’invasion de l’Irak par les troupes de la coalition U.S.. Certes, nul n’est censé savoir tout sur tout, et cela serait d’ailleurs impossible. Néanmoins, j’avais une notion assez précise de cette mosaïque de communautés, essentiellement religieuses, qui constituent le Proche-Orient. Si celui-ci est essentiellement peuplé d’Arabes (à savoir de personnes s’exprimant en arabe), il est aussi quelques Araméens (au Liban), des Tchétchènes dits encore Tcherkesses ou Circassiens (en Israël), et l’on peut se demander si les Kurdes sont réellement un peuple du Proche-Orient, ou s’il faut les ranger dans ceux du Moyen-Orient (d’une extension géographique plus vaste), mais il est probable par contre que les Turkmènes d’Irak appartiennent à ce Proche-Orient. Mais peu importe ces considérations de frontières.

À ces peuples ou ethnies, parlant donc des langues différentes, il convient de rajouter l’extraordinaire profusion des religions et de leurs divisions. Si j’ignorais donc l’existence des Yezidis, ainsi que des Sabéens (toujours en Irak), je savais par contre que le Proche-Orient se trouve essentiellement peuplé de musulmans, eux-mêmes partagés entre sunnites et chiites, et de chrétiens, ainsi que de juifs, dont il existait d’importantes communautés en Irak, au Liban et en Syrie avant la création de l’état d’Israël (ils furent alors expulsés en « représailles » à cette création par des états qui en profitèrent pour saisir leurs biens, belle opération de pillage sous prétexte de nationalisme arabe).

Par suite de l’histoire mouvementée de la religion chrétienne, et des querelles qui divisèrent cette communauté religieuse, il se trouve donc que les chrétiens du Proche-Orient (comme ceux du monde entier, par ailleurs) sont divisés en une multitude de sous-chapelles, dont les plus connues sont l’orthodoxe et la catholique. À Jérusalem, il existe ainsi 14 patriarches chrétiens. Oui, vous avez bien lu : quatorze. À savoir quatorze chefs d’une branche du christianisme, tous rivaux bien sûr. Et ce nombre ne comprend pas les protestants, nouveaux venus, mais qui sont encore plus divisés que les communautés historiques du Proche-Orient. Ce phénomène s’étend au-delà de la mythique Jérusalem. Ainsi, Alep (héritière d’Antioche) compte 11 patriarches chrétiens.

Dans le monde islamique, si les sunnites sont à peu près unis, les chiites sont eux aussi divisés en plusieurs rameaux. Le principal est celui nommé chiisme duodéciman, appelé ainsi parce que ces chiites vénèrent douze imams (duodecimus : « douzième » en latin), qui sont les descendants d’Ali, gendre du Prophète (Ali, cousin de Mahomet, épousa la fille de ce dernier : Fatima). Le dernier ayant été assassiné, ils ont imaginé qu’il avait « disparu », et qu’il reviendrait à la fin des temps (Jugement dernier ; c’est le mythe du Mahdi, utilisé dans le nom de la trop fameuse Armée du Mahdi, de Moqtada Sadr en Irak). Ils attendent donc le retour du douzième imam comme le Messie. Les chiites duodécimans dominent l’Iran, le sud de l’Irak ainsi que le sud et l’est du Liban (mouvements Hezbollah et Amal).
Mais à ces chiites duodécimans, majoritaires, s’ajoutent les Ismaéliens, les Alevis, les Alaouïtes de Syrie (qui ne sont probablement même plus considérés comme des musulmans par les autres), quant aux Druzes, présents au Liban, en Syrie et en Israël, s’ils furent originaires du chiisme, on ne peut guère plus les considérer comme des musulmans à l’heure actuelle.

Ainsi donc, tous les pays de la région sont de véritables mosaïques de peuples et de confessions religieuses. La constitution du Liban reconnaît officiellement 17 communautés (de fait religieuses, puisque à l’exception de quelques villages, tout le monde parle arabe au Liban), qui ont leur place dans les institutions. La Syrie, outre donc des Kurdes qui sont un peuple, est composée de sunnites, de chiites duodécimans, d’alaouïtes, de druzes et de chrétiens.

Idem en Irak, avec en sus les Yezidis et les Sabéens, donc.

Cartes :
Les principales communautés libanaises
Chiites et sunnites au Moyen-Orient
Communautés chiites au Moyen-Orient
Avec deux erreurs sur cette carte : les ibadites sont des kharidjites, la troisième faction de l’islam avec le sunnisme et le chiisme (et pratiquement éteinte), et les Druzes ne peuvent plus être considérés comme des musulmans (à mon sens du moins).
Plus un lien vers le site Thucydide.com, d’où provient la carte d’ouverture de cet article.

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